Tobias Leingruber, le skate hacker

Fer de lance du collectif de hackers Artzilla qui présente ce soir (19h / 5€) à la Gaîté lyrique une façon de “skater” le web au lieu de le surfer passivement, Tobias Leingruber était aussi, il y a fort longtemps, un quart du skate-crew LSD, dans son Allemagne natale. Alors, l’image du skate dans son travail artistique, simple récup’ pour avoir l’air cool derrière ses ordis ? Pas vraiment. Tobias explique...

Avant de skater le web, as-tu au préalable skaté l’asphalte ?
Tobias Leingruber : Oui, j’ai commencé en 1999 dans notre petit bled dans le Sud de l’Allemagne. On était un noyau dur de quatre personnes, il existe même une vidéo de cette année-là ! On était à fond et on a même obtenu une grande victoire en 2001 quand on a réussi à obtenir un skatepark après avoir “manifesté” plusieurs mois devant la mairie… J’ai skaté tous les jours jusqu’en 2003, jusqu’à ce que la vie sépare notre crew, et que je m’intéresse plutôt au DJing.
Quatre étés à skater à fond, mon 360 flip a toujours une drôle de gueule. Notre seul moyen de se tenir au courant à l’époque était les vidéos-magazines 411, je suis un peu jaloux de cette nouvelle génération qui a grandi avec le jeu Tony Hawk Pro Skater, et à qui tout a été servi sur un plateau…

Qu’est-ce que tu entends aujourd’hui exactement par “skater le web” ?
TL :
Skateur un jour, skateur toujours ! Quand tu es gamin ton esprit se développe en fonction des choses que tu expérimentes alors. Le skate m’a influencé de façon unique, et son esprit m’a suivi jusqu’ à ce que je sois à la fac, en train de bricoler sur le web. J’avais déjà ce désir de ne pas faire ce que les autorités me demandaient, de choisir plutôt ma propre voie et je pense que c’est un héritage du street skating.
C’est en cela que je pense que mes projets artistiques, ma façon de hacker, sont similaires au skate.
J’essaie de garder une trace de mes trucs, et de ceux d’amis dans le même état d’esprit, sur le site Artzilla.  On édite des softwares qui modifient des trucs sur le web, que je perçois comme un espace public. Nos contributions peuvent être faites juste pour se marrer, elles peuvent faire des commentaires sur notre société digitale, voire mettre le doigt sur des sujets plus sérieux comme la censure, la commercialisation,  la vie privée. On peut dire que c’est de l’activisme.

Tu penses que “surfer” le web est trop passif, en fait?
TL : Surfer ça veut dire juste que tu ne te poses pas de questions, tu prends le truc comme il vient, tu te conformes aux cases qu’ont designées les designers dans tel ou tel but. Par exemple, Amazon est pensé pour acheter des biens digitalement, mais qui oserait utiliser leur plateforme pour accéder aux mêmes biens qui seraient hébergés ailleurs gratuitement ? Et qui oserait rendre la censure plus visible au lieu de l’accepter ?

Pourquoi avoir choisi l’image du skate et pas, par exemple, le champ lexical de la guerilla, ou du graffiti sauvage ?
TL : Guerilla ? Ca sonne trop militaire pour moi, et tout ce qui est tag est trop restrictif. Ce que j’aime dans la métaphore du skate, c’est qu’elle sous-entend tout un état d’esprit : rebelle, créatif, fou, stylé, en défiance permanente des autorités…
Est-ce qu’un skateur ne va pas sauter ces 5 marches justes parce qu’il sait qu’elles n’ont pas été pensées pour le skate ? Non. L’architecture du web, c’est pareil : elle a été designée à la base pour être un espace public ouvert et accessible. Heureusement. Ce qui la rend intéressante, c’est d’utiliser sa structure coûte que coûte, même si quelqu’un te dit, “Hey, non, j’ai acheté cette propriété, alors utilise-là que comme je l’ai décidé” !

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Notes:

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