Le(s) Corbusier(s) du skateboard

A 42 ans, François Perrin a enfin pu lier ses deux passions : le skateboard et l’architecture, qu’il exerce à LA depuis dix ans, où le surf ne fut pas étranger à le pousser. Il est en effet l’une des chevilles ouvrières de la PAS Skate House, une vraie maison, mais entièrement skatable, dont une pièce a été construite pour la première fois à taille réelle pour Public Domaine. Alors que le projet est en passe, six ans après son lancement, de prendre vie sur un terrain de Malibu, François raconte son parcours et la génèse de cet exercice de style… Entre lui, Pierre-André Sénizergues et Gil Lebon Delapointe (Etnies), le skateboard aurait-il trouvé ses Le Corbusier ?
Quand as-tu découvert le skate ?
François Perrin : J’ai grandi à Paris et découvert le skate en 1978, en plein boom de la vague de popularité. Il y avait un côté très libérateur. C’était vraiment un truc de groupe mais mixte, autant filles et garçons qui faisaient ça.
Le skate t’a-t-il guidé vers l’archi ou c’était indépendant?
FP : C’est assez indépendant. J’ai toujours pratiqué le skate dans Paris comme moyen de déplacement, sans jamais pratiquer la rampe etc. Une fois installé à LA, J’ai croisé Pierre-André quelques fois, dans des concerts ou des présentations de films, mais en fait j’ai rencontré Gilles à travers un archi de Biarritz -car en fait moi le skate m’a amené vers le surf, et j’ai plus développé le côté surf en France et en voyageant, c’est ça qui m’a vraiment amené vers LA. J’ai developpé petit à petit deux passions en parallèle : tout ce qui est surf, skate, snow et puis la pratique architecturale.

Auparavant, avais-tu eu dans l’idée de mélanger les deux?
FP : Bien sûr. En tant que skater et surfer il ya toujours cette idée d’adapter des espaces, intégrer à l’architecture des zones de skate. J’ai développé des projets où l’archi se fond au paysage, s’y intègre.
Il ya quelques années, par le surf, je suis devenu ami avec Thomas Campbell, photographe et journaliste dans le surf. Je l’ai fait venir à Paris pour lui faire faire une expo dans la galerie des Beaux-arts, où j’étudiais alors. Quand je lui ai fait part de mes projets, il m’a dit : “Attention, il y a des gens qui veulent designer parfois des espaces liés au skate qui ne sont pas skatables. Ils créent un esthétique mais qui n’est pas pratiquable”. Cela m’a marqué. Il me parlait d’un lieu que j’ai toujours pas visité, le skatepark de Marseille qui est paraît-il un lieu exemplaire que les skaters adorent car il y a un rapport à l’extérieur qui est intéressant.
Comme j’ai ensuite beaucoup travaillé avec des paysagistes après l’école, je me suis intéresse de près à cette idée de zone mixte entre la zone “ville” et la zone de skate, c’est à dire créer une sorte de transition qui continue à être skatebale mais où les gens peuvent aussi pique-niquer.

D’où ton intérêt pour la maison skatable…
FP : Ce projet m’a vraiment interpellé quand Gil m’en a parlé, ils travaillent sur ce projet depuis 5 - 6 ans mais ils étaient partis sur quelque chose de beaucoup plus organique qui s’avérait difficile à réaliser, qui posait beaucoup de problèmes au niveau du permis de construire. Mais ça avance. Le projet à Malibu sur ce terrain sera une sorte de maison-test et sera une maison d’amis.
Cette Skate House restera-t-elle un exercice de style ou peut-on imaginer en voir d’autres construites?
FP : Je pense que dans l’idée de Pierre-André et de Gil, c’est de construire quelque chose qui pourrait s’implanter dans différents endroits. Le concept du “Ribbon” imaginé par Gil, devrait être implantable à différents endroits, d’en faire un prototype de maison skatebale qui pourrait être préfabriquée. Ce serait pour des skaters ou des gens dans le milieu du skateboard. Mais c’est une population qui grandit, qui commence à avoir les moyens. Car c’est comme le surf : tu restes skater pour la vie malgré les changements de style de vie, il ya un moment où tu as une maison un peu plus fixe et pourquoi pas que cette maison devienne skatable? En bois, en Californie en ce moment, elle pourrait coûter entre 500 000 et 1 million de dollars.

