Une playlist de plus pour la route ?

Pour compléter les playlists expertes (ou pas) des invités de cet article, une de plus pour la route : celle d’Alyasha Moore, graphiste-culte des années 90 (American Dream Inc., AD Unit skateboards, Def Jam) exposé à Public Domaine et devenu DJ ès-musiques faisant pousser les poils du torse -même aux filles- et dont certaines boards sont exposees a Public Domaine… Son thème ? ‘6 morceaux qui colleraient parfaitement sur du skate”. VO et extraits des morceaux en question ici.

1. Don Gardner : “My Baby Likes to BooGaloo”
"Pour une part de Sal Barbier, avec ce GROS son hurlant, plein d’ame, Southern en diable, à son image. Sal est l’un de mes skaters préférés depuis que je suis gamin, il a fini par devenir un ami."

2. The Horrors: “Count in Fives”
“Je verrais biens ce morceau pour accompagner le skater David Gravette. Elle tue ! En plus, son intro perdrait complètement les gens car ca part comme de l’orgue moisi a la Gary Glitter, sauf qu’ensuite cela devient du garage presque goth,  ultra-speed. De l’orgue fuzz à bloc, parfait.

3. The Mummies: “Uncontrollable Urge”
“Sur du Ricky Barnes. Car c’est bizarre, chaque fois que j’entends cette reprise de Devo, ça me rappelle la planche qu’avait eue Ricky chez Lucero skateboards.  je suis fan de Devo depuis mes 12 ans.”

 4. Irk Hispano and His Headshrinkers: “Shots”
“Sur un clip de Jason Adams. Les sirènes au début ? A fond, classique.”

5. The Yardbirds: “Stroll On”
“Du rapide qui émiette tout sur son passage, avec Beck et Page à l’oeuvre, donc fait pour Tom Remillard. Ce morceau me rappelle comment ce gamin skate. A 17 ans, il a la maîtrise des anciens. “

6. The Flirtations: “Nothing But a Heartache”
"Un son énorme pense pour Jamal Williams. L’intro est epique, et le reste du morceau a assez de changement de rythme pour alterner des phases de skate au ralenti et en normal. J’imagine Jahmal en train de voler à travers les rues de Boston et de New York la-dessus. Soulful."

La liste inutile du lundi : skaters potelés

Longiligne, félin urbain, parfois famélique, le skater, pour peu qu’il soit correctement nourri d’un régime faisant la part belle aux boissons houblonnées et/ou à une nourriture où triomphe la friture, sait parfois faire taire les clichés. La ventripotente preuve par trois.

1. Stu Graham

Edenté, ecossais, d’un format tonnelé fleurant bon la bière : Stu Graham serait-il le gendre idéal ? En attendant de détrôner Laurent Romejko, Stu skate très très bien. “Une puissance étonnante pour une berline si imposante”, en diraient les journalistes de Auto Moto.

2. Jabari Pendleton

Venu de SF, Jabari prouve qu’il n’est pas forcément nécessaire de présenter son certificat de vegan pour avoir le droit d’y résider, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

3. Andrew Allen

Fan absolu de Point Break, coiffure gominée, pantalons “pêche aux moules” : il y avait déjà du gros dossier sur Andrew, sosie officiel d’André-Pierre Gignac (OM). Le souci, c’est qu’il le vit très bien, ne s’excuse pas, et en reprendra une, merci.

Le quart d’heure non-américain

Ce soir dans le cadre de Public Domaine (19h, 5€), Carhartt lève un coin de voile sur l’envers du décor rouletto-planchiste en présentant deux films plutôt documentaires, et plutôt européens, ce qui fait du bien avouons-le -tout protectionnisme nauséabond mis à part. Et qu’y a -t-il au programme? Il suffit de demander. Préparez les Chocoletti !

DIGITAL CUT

"Ce court-métrage suit un groupe de skateboarders du team Carhartt qui voyage en Thaïlande. Le montage fait se succéder les points de vue sur les mêmes figures, interrogeant discrètement la rencontre entre ce sport occidental et la culture thaïlandaise. Une expérience sonore et visuelle pour un moment arythmique", dit le communiqué de presse le moins à réécrire du monde, ce qui fait des vacances.
Avec Philippe Zwijsen, David Martelleur, Hjalte Halberg, Hugo Liard, Jerome Campbell, Geng Jakkarin, Tao Kitpullap, Lert Saeri.

FORMAT PERSPECTIVE

Philip Evans a passé deux ans à observer en super 8 une secte étrange : les photographes de skate européens, à savoir Nils Svensson (Malmö), Stuart Robinson (Belfast), Alex Irvine (Londres), Richard Gilligan (Dublin), Bertrand Trichet (Barcelone-Tokyo, qui expose à Public Domaine) et Sergej Vutuc (Heilbronn, qui y expose aussi).
Comment travaillent-ils ? A quoi aspirent-ils et que cherchent-ils à montrer? hé be venez, et vous saurez ! La vie est si simple, parfois.

Il vous en prie, deuxième

S’étant exercé plus ou moins adroitement à l’exercice du tag à la troisième personne du singulier dans la petite salle de la Gaité lyrique (exigeant que sa propre personne fasse partie de Public Domaine en tant qu’artiste), le skater pro Chad Muska a continué sur sa lancée en rentrant à LA -sauf qu’il s’est fait gauler, avec perte et fracas. Et comme Chad présente la particularité de fricotter à l’occasion avec Paris Hilton, c’est le très, très grand site journalistique TMZ qui se charge de relater l’affaire… C’est ici. Peut-être, à la réflexion, que “Mu$ka should (have) be(en) in this art show”?

Manuel du savoir-vivre à l’usage des goujats…

Cet appel aussi solennel que desespéré a été trouvé en flânant dans sa rue par la photographe Stéphanie Solinas

Passeport pour le CM1 -La V.O. du mardi

Présenter une collection de boards à décos scandaleuses ou politiques sans les replacer dans leur contexte, c’eut été un peu bête… C’est pour cela que réaliser la partie Agents Provocateurs de l’expo Public Domaine a pris quatre mois à monter, le temps de retrouver chaque artiste, de lui faire une clé de bras pour lui forcer à prêter des planches, puis l’interviewer en devant pratiquer le water-board, tant le skate-artist, en général, peut être expressif par dessin interposé mais tourne plutôt autour de 2/20 de moyenne à l’oral…
Exception à la règle, le légendaire Eli Morgan Gesner. Fondateur de Shut, puis Zoo York skateboards, mais aussi de la mythique marque inspirée de l’imagerie franc-maçonne Illuminati, au milieu des années 90, il a aussi révolutionné le monde de la vidéo de skate avec le concept de Mixtape (1998). Exception, car Eli est du genre prolixe. Très prolixe. Il suffit juste de lui envoyer une question et d’attendre son mail de réponse, qui ne fait jamais moins de 15 lignes. La preuve en VO avec son explication de la planche Anaesthesia (1996), présentée dans Agents Provocateurs…

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"When religion just can’t ease the pain". I love this graphic. It’s humorous, obvious, and much deeper than what it seems. Clearly I’m addressing the saturation of media and it’s manipulation of the masses. By hand I made this collage of magazine clippings, focused around this modern, blond Adonis version of Jesus. This was inspired by my Uncle, Clark Gesner’s book ‘Stuff etc.’ which uses collage to address how media devalues the power of the message; how it desensitizes us.

Also, Adam Schatz’s professor Neil Postman’s book ‘Amusing Ourselves To Death’ was a key influence on this (Adam Schatz est le co-fondateur de Shut Skateboards avec Eli, NDLR). And that is all very clear. The TV in the center, with the Illuminati Eye forever watching. This is all clearly a statement on how Media has replaced Religion as the opiate of the masses. This is a key theme (ironically) in all the work I did for Illuminati.

The subtext of this piece is, to me, hilarious, and kind of comforting. I became aware of a theory that the true power of television is not in the escapism, but in the abstracted attention the television gives the viewer. That TV in effect nurtures the viewers narcissistic tendencies.

The show is not the issue, it’s that the show is there for you, the viewer. That by simply watching TV the viewer is being addressed as an entity. It validates their existence. And comforts them. So, in that sense, I am showing the Illuminati Eye as the loving care taker, not the suspicious and invasive Big Brother. ‘The world’s most popular anesthetic”

Et si on allait non-skater ?

 

Ce soir à 20h30, Public Domaine et la Gaité lyrique colonisent les Galeries Lafayette, dans le cadre de Paris et Création. Bonne nouvelle supplémentaire, ce sont les très en vue artistes de Ill Studio qui ont été choisis pour y présenter une oeuvre -qui selon leur habitude, mêle pertinence artistique et pied-de-nez assumé. Qu’est-ce donc que Piste de Skate? Le collectif explique…


 ”A la base, Piste de skate était l’une de nos propositions d’installation à Public Domaine : nous voulions faire un skatepark géant en bois, sauf qu’il aurait été parfaitement inskatable. Mais avec la Skate House, le projet devenait redondant . Nous avons donc décidé de le réaliser pour Paris et Création, quand le directeur de la Gaîté lyrique Jérôme Delormas nous a demandé ce que nous pourrions faire en résonnance avec ce qui se passe cet été a la Gaîté.

Notre idée ? S’inspirer de l’absurdité architecturale de nombreux skateparks, inutilisables par les pratiquants, tels qu’on en voit un peu partout en France pour peu qu’ils soient conçus par des gens qui ne skatent pas -ce qui donne des formes ubuesques, dangereuses, impraticables… mais qui peuvent devenir formellement intéressantes si on les extrapole, comme le faisait Escher avec ses constructions impossibles, ou les surréalistes. Il a suffi ensuite de faire appel à David Burel, de We Cut, pour la réalisation.

L’installation s’apelle Piste de Skate pour une raison très simple : c’est un terme que semblent adorer les municipalités mais que les skaters n’emploient jamais. Créer le montage le plus inskatable volontairement, c’était rendre un ‘hommage’ à ces skateparks-là.  Juste un clin d’oeil à ces mairies qui veulent parquer les skaters parce qu’ils en ont marre qu’ils en fassent dans la rue, également, alors que le skate c’est tout le contraire d’être parqué.

En outre, nous voulions montrer avec cette installation la réalité de notre “Skateboard Culture” à nous, qui croise plus souvent le skatepark pourri de Province que le street art californien. Une façon de saluer la culture du pratiquant plus que la culture visuelle un peu fourre-tout du “street art” qui tourne autour”.

Note : les moins sensibles à la chose artistique retiendront par ailleurs deux informations piquassiettement capitales : premièrement, la petite sauterie est ouverte au public, et deuxièmement, les poches des membres de Ill Studio déborderont, sur place, d’invits pour le cocktail qui suivra…


Quand la synthétiseuse de Marvin se donnait Korg et âme au skateboard

Au sein du groupe excellentissimo-noisy Marvin, qui joue demain soir à la Gaîté lyrique avec No Age, elle déstructure son Korg de ses doigts de fée. Mais ne pas croire qu’Emilie Rougier aie joué du piano debout toute sa vie. En fait, cette Charlette Oleg hardcore camoufle un passé d’authentique skateuse à la rude, qui était sponso, passait dans les mags et toutes ces sortes de choses. A l’occasion du concert du groupe, et histoire de rétablir une parité scrupuleusement pas respectée à Public Domaine, la muse de bien un skateur montpelliérrain pré-2004 relate cette parenthèse enchantée.

Combien de temps a dure ta période skateboard ?
Emilie Rougier : J’en ai fait de 1995 à 2004 environ, et j’ai arrêté d’un coup, dès que le groupe a commencé à tourner -peur de me blesser, plus trop téméraire… et aussi parce que j’ai l’habitude de tout laisser tomber dès qu’un nouveau truc super passionnant se présente. Mais il m’arrive de remonter sur une planche de temps en temps A chaque fois, je comprends pas pourquoi j’ai arrêté, puis je tombe, j’ai mal, je comprends.
C’était en permanence sous nos yeux en 1995, comme une mode qui revenait, tout le monde en baggy et à roulettes dans les rues, du No Fx dans le walkman, des émissions de glisse à la télé. J’ai suivi le mouvement je pense… J’avais aussi fais du surf cet été-là pour la première fois, et j’avais envie d’en retrouver les sensations. Et j’ai continué parce que c’est trop bien le skate, des sensations extrêmement bonnes tous les jours, beaucoup trop de plaisir, de copains, de rigolades, de partage, de découvertes, de fêtes, de voyages …

Te sentais-tu encouragée ou découragée par les skaters, vu que c’est quand même assez masculin ? Etaient-ils cools ou style “morts de faim”?
ER : Il suffisait de ne pas accorder d’importance aux propos imbéciles et tout se passait bien. Il y a des cons partout, et des gens super cools. Je ne fréquentais que les seconds et mes rapports avec ces derniers étaient on ne peut plus simple : amicaux, fraternels, et parfois amoureux, la “petite faim” réciproque…
Après je me suis souvent mis des bâtons dans les roues toute seule, intimidée d’arriver sur un spot ou un park où il n’y avait que des gars, surtout quand ils étaient super forts et que je savais à peine rouler, mais j’imagine que d’autres skaters débutants ont ressenti la même chose.

Il y avait d’autres filles qui skataient, à Montpellier…


ER : Au tout début je skatais avec mon amie Céline. Puis j’ai donné des cours de skate avec les Moustachus, le club de la ville, et là j’ai rencontré Florence, qui prenait des cours et avec laquelle je me suis vite amusée. Et les contests et voyages m’ont fait rencontré Katia et Sabine, avec lesquelles je suis partie en vacances à roulettes. Il y en avait des dizaines d’autres mais on se voyait très rarement, on se tenait au courant de nos évolutions et on se rencontraient de temps en temps dans les gradins ou sur l’aire de street d’un contest (Célia Sentenac, Sonia Khenfech, Aurélie Jaulmes, Claire Essertel…)

Est-ce que le fait d’avoir skaté a, tu penses, orienté ton choix de vie artistique?
ER : Bien sûr ! Le skate a donné force et raison à un style de vie rêvé depuis toujours, ne jamais travailler et voyager, rencontrer des gens, avoir du temps pour glander, festoyer, rigoler, lire, dormir et surtout donner à une passion l’importance qu’elle mérite. C’est un rêve d’adolescence mais je ne conçois pas (encore) la vie différemment et le rêve se réalise tranquillement au fil des ans.

Question Télérama : comment le skate influence-t-il ta façon de jouer du Korg?
ER : Parfois je joue du synthé en fakie.